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Neuropsychologie et troubles des apprentissages
Petit rappel d'une longue histoire

 

La neuropsychologie définit l’étude des relations entre le cerveau et les fonctions mentales. Au XIXe siècle, en 1825, Franz Joseph Gall élabore à Paris sa science des facultés, baptisée phrénologie, selon laquelle le cerveau observé de l’extérieur par les différentes bosses et aspérités du crâne est le siège des habiletés humaines, qu’elles soient intellectuelles, morales, sociales ou encore affectives.


 

 

Ainsi, en examinant le crâne, Gall localisa vingt-sept organes des facultés, celle des instincts domestiques sur l’occiput, celle des mathématiques à l’avant du crâne par exemple. Cette conception typologique des fonctions cérébrales animera le courant anatomo-clinique et amènera à concevoir des programmes « orthophrénologiques » pour soigner l’idiotisme.

Les localisations cérébrales

L’hémisphère gauche et les centres du langage

En 1863, Paul Broca neuro-chirurgien, rapporte plusieurs cas d’aphémie associée à une lésion de la partie postérieure de la troisième circonvolution frontale de l’hémisphère cérébral gauche. En 1874, Karl Wernicke décrit un cas d’aphasie caractérisé par un trouble de la compréhension du langage oral sans trouble de la parole articulée. La lésion est toujours hémisphérique gauche, mais implique cette fois le lobe temporal. En 1892, Déjerine (1892) décrit l’alexie sans agraphie qu’il nomme « cécité verbale pure » associée à une lésion plus postérieure encore de ce même hémisphère. A cette époque, l’hémisphère gauche contient les « centres » des images auditives des mots, des images motrices des mots, des images visuelles des mots.

La spécialisation hémisphérique

Au début du XXe siècle, l'anarthrie, l'aphasie, l'alexie, l'agraphie sont des syndromes neuropsychologiques reconnus et leurs substrats cérébraux respectifs sont identifiés. Ces syndromes qui apparaissent à la suite d'une lésion de l'hémisphère gauche font naître l'idée de la dominance cérébrale. L'hémisphère gauche domine l'hémisphère droit considéré « muet et peu doué ».
A la fin de la seconde guerre mondiale, le rôle de l'hémisphère droit dans la cognition humaine est identifié. Les descriptions de patients souffrant d'une lésion siégeant dans cet hémisphère permettent de lui attribuer un rôle dans la reconnaissance des mélodies, des visages, des formes et dans les déplacements dans l'espace. On observe par exemple que certains patients (d'anciens soldats) perdent la capacité à s'habiller, ou bien à construire et dessiner. D'autres se perdent dans des lieux qui leur étaient pourtant familiers. Dès lors, le terme de dominance cérébrale est remplacé par celui de spécialisation hémisphérique. A la fin des années soixante, le rôle fonctionnel des lobes frontaux est également connu. La pensée abstraite et catégorielle, la régulation du comportement et des émotions, la planification et la résolution de problème sont autant de facultés qui sont attribuées à ces structures cérébrales antérieures.


Les troubles d’acquisition chez l’enfant

L'histoire des troubles d'acquisition décrits chez les enfants s'inscrit dans cette histoire neuropsychologique construite à partir des observations d’adultes cérébrolésés. A la fin du XIXe siècle, Broca (1865) affirmait que l'habitude que nous avons (adultes) à parler avec notre hémisphère gauche, « nous la prenons dès notre première enfance ». Dès cette époque, on note des rapprochements conceptuels entre la démarche anatomo-clinique et la démarche psychiatrique concernant les déficiences intellectuelles des enfants et adolescents. On s'intéresse aux aspects du crâne des enfants et adolescents qui souffrent « d'idiotisme ». On leur propose des programmes d'éducation, baptisés « orthophréniques » qui sont les applications de la théorie phrénologique.
A la fin du XIXe siècle, on examine les enfants dans les règles de la méthode anatomo-clinique qui est en vigueur chez les adultes. On observe alors des « faits » surprenants. On observe des enfants qui sont intelligents et bien élevés, mais qui ont de grandes difficultés soit à apprendre à parler, soit à apprendre à lire. Pour décrire aussi fidèlement que possible ces troubles la nosographie pédopsychiatrique et psychopathologique manque de vocabulaire approprié, alors on se tourne vers la nosographie neurologique qui dispose des termes adéquates pour décrire les troubles spécifiques, puisque ces derniers s'observent à la suite d'une atteinte cérébrale.


De l’aphasie congénitale à la dyslexie

A la fin du XIXe siècle, on identifie donc les troubles spécifiques d'acquisition de la parole et du langage oral chez les enfants qui ne souffrent ni d'idiotisme, ni de débilité. On les qualifie « d'alalie ou d’aphasie congénitale » quand le trouble affecte l'expression orale, ou de « surdité verbale congénitale » pour souligner la prédominance du trouble de la compréhension observé chez des enfants qui ne sont pas sourds. Les données anatomo-cliniques obtenues chez les adultes montrent des troubles spécifiques de la lecture que l'on qualifie d'alexie ou bien encore « cécité verbale »(word blindness). Ces troubles chez l'adulte cérébrolésé ne s'accompagnent pas forcément de troubles du langage oral et amènent à considérer l'existence d'un trouble spécifique de l'acquisition de la lecture chez des enfants qui développent normalement leur langage oral. C'est effectivement ce que l'on va observer. En 1885, Hinshelwood, ophtalmologue de profession, va publier la description d'un adolescent qui était intelligent et possédait le langage oral, mais ne pouvait lire aucun « mots communs ». Pour qualifier ce trouble spécifique à la lecture, l'auteur emprunta le terme de « cécité verbale » proposé par Déjerine pour qualifier le trouble de la lecture observé chez l’adulte cérébrolésé. Hinshelwood y ajouta le qualificatif de « congénitale » pour insister sur le fait que cette incapacité à apprendre à lire est d’origine constitutionnelle. Quelques années plus tard, en 1907, Hinshelwood remplace le terme de cécité verbale congénitale par le terme de « dyslexie » toujours en référence au terme d'alexie qui est utilisé chez l'adulte.


Troubles des apprentissages et classifications pédopsychiatriques

A cette époque, la nosographie pédopsychiatrique manque de termes pour qualifier ces enfants qui vont à l'école devenue obligatoire depuis peu et qui déroutent leur instituteur. Bien qu'intelligents et respectueux de la discipline, certains écoliers se montrent peu doués pour l'apprentissage de la lecture et de l'orthographe alors qu'ils sont doués pour les mathématiques. Ce constat est troublant au point que Kerr (1896), dans son mémoire sur « l'aspect mental, moral et physique de l'hygiène scolaire », évoque l'existence de « cas exceptionnels ayant des difficultés très bizarres » comme cet écolier qui ne peut pas lire les mots entiers alors qu'il lit les lettres isolées, qui « réussit bien en arithmétique,..., mais trace d'une écriture soignée des charabias lors des exercices de dictée ». Actuellement, on qualifierait ce trouble de « dyslexie-dysorthographie ».
A la fin du XIXe siècle, les troubles spécifiques d'acquisition en langage, oral et écrit, sont identifiés. On les qualifie en utilisant un vocabulaire emprunté à la neuropsychologie adulte déjà familière avec l'existence de troubles spécifiques qui résultent de lésions cérébrales. Au XIXe siècle, on connaissait des « idiots savants » qui, malgré leur déficience mentale souvent sévère, pouvait témoigner d'éclairs de génie dans des domaines très particuliers, comme la musique, le dessin mais aussi les mathématiques. L'existence de ces calculateurs prodiges nous montre qu'une aptitude aussi spécifique que le calcul peut se développer indépendamment des facultés intellectuelles et du langage. Beate et al. (1969) ont rapporté le cas d'un adolescent autiste et retardé mental dont les convulsions et la macrocéphalie indiquaient une atteinte cérébrale précoce. Bien que muet et disposant de peu de langage et avec un profond désintérêt pour les personnes et l'environnement social, l’adolescent avait développé des aptitudes en mathématiques tout à fait « extraordinaires ». Il pouvait par exemple décomposer le nombre 627 comme une suite de multiplications « 3 x 11 x 19 ». Cet exemple qui témoigne de l'existence d'un tel talent pour les mathématiques, montre aussi, qu'à l'inverse, il existe des enfants qui ont un bon niveau d'intelligence, qui ont acquis le langage oral et écrit, et qui éprouvent des difficultés pour acquérir ne serait-ce qu'une infime partie de ce savoir mathématique. Ces enfants, qui ne souffrent ni de débilité mentale, ni d'autisme, présentent un trouble d'acquisition du calcul trouble que l'on qualifie actuellement de « dyscalculie ».
Dans la seconde moitié du XXe siècle, les troubles spécifiques d'acquisition en langage oral et écrit et en mathématiques font leur entrée dans la nosographie pédopsychiatrique. On les trouve par exemple rapportés dans les manuels de psychiatrie infantile. Au début des années quatre-vingt, ils sont répertoriés dans les classifications internationales des maladies mentales (ex: DSM), pas pour faire de la dysphasie, de la dyslexie, ni de la dyscalculie une maladie mentale mais pour leur donner paradoxalement une sorte de droit d'exister et à être reconnues dans leur spécificité.

Intérêt actuel de la démarche neuropsychologique

Ce rapide parcours historique montre que la description de cas d’adultes cérébrolésés a permis de mieux préciser les difficultés et les troubles d’apprentissage scolaire, en leur accordant le droit d’être reconnus dans toute leur spécificité chez des enfants intelligents, motivés, débrouillards, cordiaux, « disciplinés et bien élevés ». La neuropsychologie a permis d’entrer dans le détail des troubles d’apprentissage, pour ne plus se contenter du terme de « dys-quelque chose » mais décrire différents types de dyslexie de développement, plusieurs types de dysgraphie-dysorthographie et plusieurs types de dyscalculie, au même titre qu’il existe plusieurs types de trouble de l’attention ou de la mémoire. Dans ce contexte, c’est la description fine et détaillée le plus souvent faite à partir de tests spécifiques qui permet de cibler avec précision le type de difficulté, ou le type de dyslexie, ou le type d’attention qui est troublé.. Tout cela pour servir à élaborer des prises en charge les mieux adaptées aux types de difficultés observés. Enfin, le recours à des méthodes et tests neuropsychologiques ne signifient en rien que les difficultés d’apprentissage que l’on peut ainsi mieux observer sont à mettre en relation directe avec un trouble ou une altération neurologique. Autrement dit, ce n’est pas parce que l’enfant a une dyslexie de type phonologique qu’il y a dans son cerveau une lésion qui siège dans l’hémisphère gauche dans les zones des « images  visuelles ou acoustiques » des mots.

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